Ce qui attire vraiment les termites (et ce n'est pas l'essence)
Les termites qui nous concernent ici vivent dans le sol. Leur colonie y est installée, et c'est depuis le sol qu'elle prospecte, en creusant des galeries et en construisant des cordonnets de terre pour atteindre une source de cellulose sans jamais s'exposer à l'air libre. Trois conditions les intéressent : de la cellulose, de l'humidité et de l'obscurité tranquille. Un bois sec, ventilé, visible et accessible à l'œil ne remplit aucune de ces conditions.
C'est pour cela que la question qu'on nous pose le plus, « quelle essence ne craint pas les termites ? », n'est pas la bonne première question. Elle vient en cinquième position, après l'implantation, le contact avec le sol, la ventilation et l'environnement immédiat de l'ouvrage. Un bois réputé plus résistant, posé à même la terre et coffré derrière une plinthe pleine, se retrouve dans des conditions bien plus favorables aux insectes qu'un bois plus ordinaire mais décollé du sol et balayé par l'air.
En Gironde, le sujet n'est pas théorique. Un arrêté préfectoral du 12 février 2001 institue une zone de surveillance et de lutte contre les termites dans le département, et la Gironde a été déclarée « totalement termitée » : c'est l'ensemble du département qui est concerné, pas une liste de communes. Nous voyons régulièrement des propriétaires convaincus que leur commune est « hors zone » parce qu'ils n'ont jamais rien constaté chez eux. Ce n'est pas ainsi que le classement fonctionne.
Deux conséquences en découlent, citées par la préfecture : en cas de vente de tout ou partie d'un immeuble bâti, un état du bâtiment relatif à la présence de termites est joint au dossier de diagnostic technique ; et en cas de construction ou d'aménagement neuf, des mesures relatives à la protection contre les termites s'appliquent. Nous y revenons plus bas. Précisons au passage, parce que la confusion est fréquente : il n'existe pas d'arrêté préfectoral mérules en Gironde. Les termites sont des insectes, la mérule est un champignon, et les deux dispositifs ne se recouvrent pas.
Le contact bois-sol : le défaut de pose n° 1 sur nos chantiers
Quand nous reprenons un ouvrage dégradé, la cause est presque toujours la même : quelque part, du bois touche la terre ou un béton qui reste humide. Un poteau de carport scellé directement dans un plot de béton, une lambourde posée à plat sur une dalle sans cale, un bardage qui descend jusqu'au sol fini, une bordure de terrasse enterrée de quelques centimètres pour « faire propre » : autant de points où l'eau remonte par capillarité et où le bois ne sèche plus jamais.
Ce contact fait deux cadeaux aux termites d'un coup. Il maintient le bois à un taux d'humidité confortable pour eux, et il leur offre un accès direct depuis le sol, à l'abri du regard. Une colonie n'a alors même pas besoin de construire un cordonnet visible sur une façade : elle passe sous l'ouvrage.
Nos règles de pose, constatées et éprouvées sur nos chantiers en Gironde, ce sont nos usages d'entreprise, pas des valeurs normatives :
- Aucun bois structurel enterré : les poteaux reposent sur un sabot ou un pied métallique réglable, jamais noyés dans le béton. Le pied décolle le bois du support de 2 à 5 cm et laisse l’eau s’évacuer.
- Une rupture de capillarité systématique : une cale ou une bande d’étanchéité entre le bois et tout support minéral : plot, dalle, muret, longrine.
- Une garde au sol sur le bardage : nous arrêtons le bardage à une dizaine de centimètres au-dessus du sol fini, avec une grille anti-rongeurs en pied de lame d’air.
- Des points de contrôle visibles : ce qui reste visible reste inspectable : un cordonnet de terre le long d’un plot se repère en dix secondes, sous une plinthe pleine il ne se repère jamais.
Ce dernier point est le plus sous-estimé. La meilleure protection d'un ouvrage extérieur, c'est qu'on puisse en faire le tour et regarder dessous. Une conception qui laisse voir le pied des appuis transforme une découverte tardive en simple contrôle de routine.

Ventiler la sous-face : pourquoi une terrasse bien ventilée se défend seule
Une terrasse en bois, un plancher d'abri ou un bardage ne sèchent que par leur face cachée. Si l'air ne circule pas dessous, l'humidité du sol s'accumule dans un volume clos, tiède et sombre : c'est exactement le milieu que recherchent les insectes xylophages. À l'inverse, une sous-face traversée par l'air reste sèche, donc peu attractive, et les éventuels cordonnets y deviennent visibles.
Nous ne détaillons pas ici toute la mise en œuvre de la structure : nous l'avons déjà fait dans notre guide structure de terrasse bois : plots, lambourdes et ventilation, qui traite en détail la hauteur de vide, l'entraxe et le drainage. Retenons ce qui compte du point de vue des termites :
- Un vide continu sous les lambourdes, jamais interrompu par un remblai ou une chape rapportée après coup.
- Une ventilation traversante : au moins deux côtés opposés ouverts, pour créer un vrai courant d’air et pas une poche fermée.
- Un pourtour qui respire : si l’esthétique impose une finition, une claire-voie ou une grille inox, jamais une plinthe pleine collée au sol.
- Un fond propre : géotextile et gravier plutôt que terre végétale, et aucun bois abandonné sous l’ouvrage, chutes, cales de réglage, coffrages perdus.
Cette dernière ligne mérite qu'on s'y arrête. Les chutes de coupe laissées sous une terrasse sont, à notre expérience, la faute la plus banale et la plus coûteuse : on referme un ouvrage sur une réserve de cellulose humide, posée à même le sol, invisible pour dix ans. Nous sortons systématiquement les chutes du chantier avant de fermer.

Bûches, souches et bois stockés : les réservoirs qu'on installe soi-même
On peut soigner un ouvrage au millimètre et lui installer un garde-manger à trois mètres. Dans un jardin girondin, les réservoirs de cellulose les plus fréquents sont toujours les mêmes : une souche laissée en terre après un abattage, un tas de bûches posé à même le sol contre le mur, des palettes oubliées derrière l'abri, des traverses en bordure de potager, un paillage épais poussé contre un bardage, ou des piquets de clôture cassés qu'on n'a jamais retirés.
Ces éléments ne « créent » pas les termites, mais ils entretiennent une source de nourriture humide, permanente et directement reliée au sol, à proximité immédiate de vos ouvrages et parfois de votre maison. C'est le point sur lequel un constructeur peut agir sans rien traiter du tout.
Nos recommandations d'implantation, là encore issues de nos chantiers et non d'une norme :
- Ne jamais stocker le bois de chauffage à même la terre : sur un support non cellulosique (parpaings, plots, structure métallique), surélevé de quelques centimètres.
- Décoller la pile du mur d’au moins 50 cm, pour que l’air passe derrière et qu’on puisse regarder ce qui s’y passe.
- Arracher les souches plutôt que les laisser se décomposer en terre, surtout à proximité du bâti ou d’un ouvrage neuf.
- Évacuer les bois de chantier, coffrages et palettes dès la fin des travaux, rien d’enterré, rien de laissé sous une structure.
- Tenir les paillages et écorces à distance des pieds de bardage et des lames d’air.
Quand nous dessinons un aménagement extérieur complet, cette logique fait partie du plan au même titre que les cheminements ou l'éclairage : on décide où va le bois de chauffage, comment il est surélevé et à quelle distance des murs, avant de construire, pas trois ans après.

Essences, classes d'emploi et traitements : ce qu'ils font et ne font pas
Venons-en à la question de départ, maintenant qu'elle est à sa place. Oui, les essences ne se valent pas : certaines présentent une durabilité naturelle plus élevée vis-à-vis des insectes, d'autres beaucoup moins. Mais aucune essence n'est invulnérable si l'ouvrage reste humide et au contact du sol, et méfiez-vous de tout discours qui vous promet l'inverse.
Le vocabulaire utile est celui des classes d'emploi, qui décrivent l'exposition à laquelle un bois est destiné : la classe 4 pour un bois en contact avec le sol ou l'eau douce, la classe 3 pour un bois extérieur hors contact du sol. La documentation technique de l'institut technologique FCBA détaille ces classes et la durabilité des essences. Deux précisions de terrain :
- La durabilité naturelle concerne le duramen : la part tendre et claire du bois (l’aubier) n’en bénéficie pas, quelle que soit l’essence, d’où l’importance du choix de la qualité, pas seulement du nom de l’essence.
- Un traitement de préservation n’est pas un traitement curatif : le premier prépare un bois neuf à son exposition, le second combat une infestation déclarée. Ce sont deux métiers différents.
- Les coupes et perçages faits sur le chantier ouvrent le bois : les recoupes de bois traité doivent être reprises en bout, sinon on offre une entrée non protégée là où on vient de scier.
Disons-le franchement : nous concevons et posons des ouvrages en bois, nous ne sommes pas applicateurs de traitement curatif. Si une infestation est déclarée, c'est une entreprise spécialisée qu'il faut appeler, et un diagnostiqueur certifié pour établir l'état du bâtiment. Notre rôle s'arrête, et se joue entièrement, à la conception et à la mise en œuvre.
Pour choisir l'essence en connaissance de cause, notre guide quel bois pour une terrasse extérieure compare durabilité, teinte et budget ; côté façade, l'article bardage bois : essences et pose détaille la lame d'air ventilée, qui joue ici exactement le même rôle que le vide sous une terrasse.

Vous en trouvez : ce que la loi vous demande
Trouver un foyer de termites dans un jardin n'est ni une catastrophe immédiate ni une affaire à traiter en silence. C'est un fait qui déclenche des obligations précises, rappelées par le ministère chargé de l'écologie. Voici ce qu'il faut en retenir, dans l'ordre où cela vous concerne.
- Déclarer en mairie : « dès que la présence de termite a été détectée, l’occupant, ou à défaut le propriétaire, doit en informer la mairie ». C’est la première démarche, et elle ne coûte rien.
- L’arrêté préfectoral : lorsque des foyers sont identifiés, un arrêté préfectoral délimite les zones concernées, articles L. 126-4 à L. 126-6 du code de la construction et de l’habitation. En Gironde, c’est l’arrêté de 2001, applicable à tout le département.
- En cas de vente : un état relatif à la présence de termites est joint au dossier de diagnostic technique, articles L. 126-24 et L. 126-25. Il est daté et signé, sa durée de validité est de 6 mois, et il doit être réalisé par une personne certifiée par un organisme accrédité par le Cofrac.
- Les bois de démolition : « les bois et les matériaux contaminés issus des travaux de démolition doivent être incinérés sur place ou traités avant tout transport », articles R. 126-2 à R. 126-4. Autrement dit : on ne déplace pas un bois contaminé sans précaution.
- En construction neuve : des mesures relatives à la protection contre les termites s’appliquent aux constructions et aménagements neufs, articles R. 131-1 à R. 131-3.
Pour situer votre commune dans le paysage national, le Cerema publie une cartographie nationale termites et mérules, utile, notamment, si vous possédez un bien hors Gironde et voulez comparer.
Un mot sur la juste mesure, parce que le sujet se prête aux deux excès. Un foyer découvert dans une souche ou un tas de bûches au fond du jardin ne signifie pas que votre maison est contaminée ; mais un foyer proche du bâti est un signal qu'il faut faire diagnostiquer sans attendre, par un professionnel certifié. Ni panique, ni haussement d'épaules : un constat, puis un avis compétent.
Concevoir en Gironde : nos règles de pose sur terrasse, carport et bardage
Travailler le bois à Libourne et dans toute la Gironde, dans un département entièrement classé en zone à termites, ne nous a jamais fait renoncer au bois, cela nous a fait changer notre manière de le poser. Voici, ouvrage par ouvrage, ce que cela donne concrètement sur nos chantiers.
- Terrasse : structure sur plots, vide continu et ventilé sur au moins deux côtés opposés, géotextile et gravier au sol, aucune chute laissée dessous, finition de rive en claire-voie plutôt qu’en plinthe pleine.
- Carport et abri : poteaux sur sabots métalliques, jamais de bois scellé dans le béton, pieds visibles et inspectables, pente et évacuation d’eau étudiées pour que rien ne stagne au pied des appuis.
- Bardage : lame d’air ventilée continue, grille de pied, garde au sol d’une dizaine de centimètres, et pas de massif végétal ni de paillage poussé contre le bas de la façade.
- Clôture et ouvrages de jardin : poteaux sur platines ou pieds métalliques quand la configuration le permet, plutôt que scellés en pleine terre ; bois enterré réduit au strict nécessaire.
- Abords : stockage du bois de chauffage surélevé et écarté du bâti, souches arrachées, chantier laissé propre, c’est la moitié de la prévention, et elle ne coûte rien.
Ajoutons une habitude simple, à prendre chez soi : une fois par an, à la belle saison, faites le tour de vos ouvrages. Regardez le pied des poteaux, le bas du bardage, le pourtour de la terrasse, la base des murets. Vous cherchez des cordonnets de terre, un bois qui sonne creux, une lame qui s'enfonce sous le pouce. Dix minutes par an, et une conception qui laisse tout cela visible : c'est la meilleure surveillance qui soit.
Ces principes irriguent tout ce que nous construisons, des constructions bois aux petits ouvrages de jardin. Vous pouvez en voir la traduction concrète dans nos réalisations en Gironde : sur la plupart des photos, ce qui protège l'ouvrage est justement ce qui se voit le moins, le vide sous la structure et le pied décollé du sol.

